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""La femme chef d’entreprise bénéficie de sa parité avec l’homme""

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By Haykel Tlili

Docteur Sonia Ben M’rad, est membre du bureau exécutif de la Chambre Nationale des Femmes Chefs d’Entreprises (CNFCE). Elle est un chef d’entreprise et dirige un bureau d’études. Nous l’avons rencontrée en marge des travaux de la journée d’information sur les nouveaux mécanismes d’emploi à la disposition des chefs d’entreprise et des promoteurs, organisée au cours de la semaine écoulée. Elle nous a parlé des activités de la chambre ainsi que sur ses principaux objectifs. Interview…

Quels sont les objectifs de l’organisation d’une telle journée, outre la coïncidence avec la Journée Nationale de la Femme ?

L’objectif de l’organisation d’une telle journée, c’est tout d’abord d’informer sur les mécanismes de l’emploi, pour que les femmes chefs d’entreprises puissent les utiliser en vue de recruter de jeunes diplômés ou des personnes en quête d’emplois, discuter entre elles. Il s’agit aussi de leur permettre d’être elles-mêmes des relais d’information pour d’autres chefs d’entreprises, qu’elles connaissent et qui ont des besoins de recrutements, mais qui parfois n’osent pas parce que ça coûte cher. En étant au courant de ces mécanismes-là, la femme chef d’entreprise deviendra « recruteuse » elle-même, et va par la suite encourager d’autres femmes à faire de même.

Les femmes chefs d’entreprises, ont-elles été touchées par les effets de la crise ?

Par rapport à ce que je vois autour de moi, je pense que les femmes l’ont senti différemment, la crise a eu un impact différent selon les secteurs d’activités. Donc, oui, je pense que les femmes ont senti les effets de la crise, mais à des degrés divers.

Actuellement, je constate que tout le monde est en train de se mettre en question, se restructurer et se préparer au bond que nous attendons tous, celui de l’après crise. Vous savez qu’après chaque crise, il y a une croissance importante généralement, donc tout le monde est en train de se préparer pour cet après crise.

Il n’y a pas eu donc des effets négatifs ?

Si, il y a eu des effets. Quelques unes ont observé des baisses de leurs chiffres d’affaires, d’autres ont perdu quelques marchés, parfois des marchés et des clients importants. Certaines , qui opèrent sur le marché local, ont eu des clients qui consommaient moins et qui achetaient moins de produits, parce qu’ils font plus attention à leurs dépenses, alors ils essayent de se limiter à l’essentiel, et ne pas acheter des produits plutôt facultatifs. Alors, je peux dire que quelques femmes chefs d’entreprises ont senti ces baisses, qui ont eu des résultats sur leurs chiffres d’affaires. Mais, comme réaction, et à partir de ce que je constate, je déduis que tout le monde est en train de se restructurer, revoir les façons de fonctionnement, refaire les stratégies, recherche de nouveaux marchés et là je devrais souligner le rôle de l’Utica (Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Industrie), qui, à travers toutes les interventions, toutes les conférences auxquelles on assiste, tous les séminaires, qui sont organisés par cette Union, il y’a toujours un effort, et je souligne aussi le rôle de Hédi Djilani, Président de l’Union, pour son combat, pour qu’on nous ouvre les yeux sur d’autres perspectives et sur de nouveaux marchés inexploités, sur de nouvelles façons de gérer nos entreprises, notamment en ce qui concerne l’export, puisqu’il existe de nouvelles opportunités qu’il faudrait explorer, et non pas se satisfaire des marchés classiques ainsi que des façons de travail classiques.

Le fait d’avoir ce genre de problèmes ainsi que de souffrir des mêmes effets notamment de cette crise, nous mène directement à dire que vous avez eu pratiquement les mêmes problèmes que les hommes chefs d’entreprises !

Nous avons eu les mêmes problèmes que les hommes. La femme en Tunisie est arrivée à un niveau de parité homme /femme et à un tel niveau de maturation que la femme chef d’entreprise n’a pas beaucoup de différence par rapport à l’homme chef d’entreprise. Elle n’a aucun problème au niveau de sa légitimité. Lorsqu’une femme chef d’entreprise part rencontrer un homme chef d’entreprise, elle est traitée comme un homme chef d’entreprise, le même cas lorsqu’elle rencontre un fournisseur. De même lorsqu’il s’agit de clients, qu’ils soient en Tunisie ou ailleurs, la femme chef d’entreprise a les mêmes droits et les mêmes contraintes qu’un homme en affaires. C’est le cas en Tunisie, ou lorsqu’elle part à l’étranger chercher des subventions ou autres.

Quels sont alors les vrais problèmes des femmes chefs d’entreprises ?

Au niveau de la Chambre, l’un de nos premiers desseins c’est d’encourager les femmes à sauter le pas pour être des femmes chefs d’entreprises. Nous jouons ici un rôle d’encouragement pour inciter les femmes à créer leurs propres projets. Et puis, il y a un autre point sur lequel H. Djilani a insisté, c’est que la femme chef d’entreprise est avant tout une mère, une épouse, elle est garante de l’équilibre d’une famille, et la première entreprise d’une femme c’est tout d’abord sa famille et ses enfants. A ce titre, nous avons des contraintes, des problèmes d’organisation quotidienne, d’organisation de vie, qui sont différents de ceux des hommes, et de ce fait nous avons besoin d’encourager les femmes à sauter le pas et devenir des chefs d’entreprises, plus que les hommes. Parce c’est beaucoup plus difficile pour les femmes, et une entreprise, c’est une démarche compliquée, qui prend beaucoup de temps et d’énergie, surtout lorsque l’entreprise est nouvellement créée.

Il faut consacrer beaucoup de temps, beaucoup de disponibilité d’esprit à tous les problèmes qui émergent, surtout lorsqu’on est petit et lors du processus de démarrage là où on rencontre des problèmes de financement, des problèmes de gestion, de création de marchés. Tout cela, couplé avec la vie de famille, n’est pas toujours aisé. C’est pour cela, je pense, que la femme a besoin d’encore plus d’appui que les hommes, dans les démarches de gestion d’entreprises, notamment lors de la phase de démarrage.

Mêmes avec ces progrès, les secteurs dans lesquels les femmes évoluent sont encore limités !

Je salue cette remarque. C’est vrai qu’il y a encore des secteurs où les hommes restent beaucoup plus présents qu les femmes en affaires. Notre objectif primordial c’est d’arriver à un nombre important de femmes chefs d’entreprises en Tunisie. Le ministre de l’Emploi et de l’Insertion Professionnelle des Jeunes, Slim Tlatli, a souligné que, 20 auparavant, il n’y avait que 31% des filles qui étaient diplômées, alors qu’aujourd’hui elles sont plus de 60%. Nous, on voudrait, comme il y a une parité homme/femme dans le travail, on voudrait qu’il y ait aussi une parité dans les affaires, et on aimerait qu’il y ait autant de femmes chefs d’entreprises que des hommes. C’est bien évidemment mon souhait en tant que membre du bureau exécutif de la Chambre des Femmes Chefs d’Entreprises, et c’est un souhait qui est partagé par notre présidente Faouzia Slama, et de Hédi Djilani, Président de l’Utica, et je pense que c’est vœu national.

La femme est bien présente dans la vie estudiantine, pourquoi serait-elle sous représentée dans le monde des affaires ? La femme doit aussi être mieux représentée dans le monde des affaires de la même manière qu’elle est dans d’autres domaines. Je suis frappée de voir dans les séminaires et les conférences que le nombre des femmes est toujours minime par rapport à celui des hommes, et j’aimerais bien qu’on arrive à un taux de 40% ou de 50% de présence féminine.

Quels sont vos objectifs au sein de la Chambre ?

Parmi nos objectifs au sein de la CNFCE,encourager l’entrée des femmes dans le monde des affaires, et lorsqu’elles entrent on les accompagne et on les soutient pour qu’elles réussissent, par des formations, des congrès, les inviter à des conférences où il y a des relations qui se nouent entre femmes chefs d’entreprises tunisiennes et autres étrangères. Notre but c’est de tout mettre en œuvre pour les informer, les encourager, leur ouvrir des opportunités nouvelles, à part notre principal objectif qui est de les inciter à être des femmes chefs d’entreprises.

Au sein de votre chambre, est ce que vous tracez des programmes à moyen ou à court termes, bien précis et ficelés ?

Nous sommes une chambre extrêmement bien structurée qui fait un travail important en qualité et en quantité. Vous pouvez voir sur notre site pour voir tous les événements qu’on organise. Je trouve que c’est un travail qui fait honneur à la Tunisie. Nous organisons beaucoup de conférences, nous sommes bien présentes au niveau international. On se déplace beaucoup pour assister à des événements organisés à l’étranger pour représenter notre pays et pour venir avec de nouveaux réseaux, avec des idées de projets, des opportunités de networking entre chambres de femmes chefs d’entreprises tunisiennes et étrangères.

Il existe un vrai potentiel d’opportunités notamment avec les femmes chefs d’entreprises arabes, notamment celles des pays du Golfe. Mais nous n’avons jamais entendu parler de votre chambre réussie à attirer de nouveaux investissements en Tunisie ?

C’est l’un de nos objectifs. Dés que nous entrons en contact avec des femmes d’affaires, que ce soit de pays arabes ou autres, notre premier souci, c’est de travailler sur la mise en relation entre des Tunisiennes et des étrangères, comment peut-on drainer des investissements en Tunisie, ou comment créer des partenariats tuniso- étrangers dans notre pays. Quelle que soit la formule, notre premier but c’est de favoriser l’échange. D’abord un échange d’informations, puis nouer des contacts durables et par la suite créer des relations d’affaires.

Quel genre de problèmes avez-vous avec l’administration, avec les banques ?

Honnêtement, je n’ai jamais entendu une femme chef d’entreprise de nos adhérentes évoquer ce point-là. Je n’ai jamais senti une discrimination liée au statut de femme. Je parle en mon nom propre. Sans doute, il existe quelques fois certaines choses, mais ça reste insignifiant. Les relations entre les femmes chefs d’entreprises et l’administration sont le reflet des relations hommes/femmes dans le pays, parce que, tout simplement, un banquier est avant tout un frère, un mari ou un fils.

Je ne sais pas si vous partagez mon avis, mais on constate que la majorité des femmes chefs d’entreprises n’est présente que dans le Grand Tunis, et à un degré moindre dans la région du Sahel, alors que c’est rare d’entendre une femme chef d’entreprise venant de l’intérieur du pays !!

Cette disproportion entre les femmes chefs d’entreprise dans le Grand Tunis par rapport au reste du pays existe, c’est pour cela que nous faisons un travail encadré par notre présidente Faouzia Slama, et tous les membres du Bureau exécutif pour créer de nouvelles unités de CNFCE dans chaque région ; nous avons une dizaine à notre actif, nous sommes implantées dans douze régions, et nous encourageons beaucoup les présidentes de ces chambres régionales, en essayant de les suivre et de les écouter. L’accent est vraiment mis à ce niveau-là pour encourager cet effort régional