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"Tunisie : Plaidoyer de Slim Tlatli pour « un emploi dans chaque entreprise », mais 71% des filles veulent émigrer ! "

Ecrit par H.Tlili
African Manager
6-08-2009

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Dans un contexte de crise, à la lumière duquel elle prépare la période à venir, et une semaine avant la célébration de la journée nationale de la femme, la Chambre Nationale des Femmes Chefs d’Entreprises, en collaboration avec l’Association des Tunisiens Ressortissants des Universités Allemandes, a organisé au siège de l’Union Tunisienne de l’Industrie du Commerce et de l’Artisanat (Utica), une conférence sur « les nouveaux mécanismes d’emploi au service des chefs d’entreprise et promoteurs ».

Une conférence qui n’a, à vrai dire, pas apporté bien du nouveau, puisque la majorité des interventions a servi à l’explication de certaines mesures ayant été adoptées depuis quelques mois, et qui concernent les efforts en matière de promotion de l’emploi, notamment des diplômés de l’enseignement supérieur. Slim Tlalti, ministre de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle des jeunes, et à la fin de son allocution, s’est adressé aux femmes chefs d’entreprise présentes en ces termes « j’aimerais bien que chaque chef d’entreprise d’entre vous recrute au moins un jeune diplômé, ce qui nous permettra de garantir au moins 1500 nouveaux postes d’emploi, et je prendrais vos applaudissements pour une promesse ».

Slim Tlatli a par ailleurs souligné que la consécration du principe de l’égalité des chances en Tunisie les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la formation a permis de faire évoluer le taux d’activité des femmes de 22,8% en 1999 à 25,4% en 2008. Un chiffre qui devra évoluer à l’horizon de 2011 à 29% et atteindre les 33% en 2016.

Actuellement, les femmes représentent le quart des travailleurs en Tunisie. Le nombre des femmes actives diplômées du supérieur représente 17,5 %, alors qu’elles ne dépassaient pas 4,3 % en 1984. Par ailleurs, le nombre de femmes illettrées en activité a régressé, passant de 44,3 % en 1984 à 20,8% actuellement.

D’autre part, 33 mille femmes ont bénéficié des concours de la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS), depuis sa création en 1998 et jusqu’à fin 2008, ce qui représente 31% du nombre total des crédits alloués. 41% des bénéficiaires des programmes de formation dans les domaines de gestion des petites et moyennes entreprises (PME), sont aussi des femmes.

Ces chiffres n’ont cependant pas empêché le nombre des filles tunisiennes désireuses d’émigrer à l’étranger d’atteindre 71%. C’est, selon le journal Essabah paru le jeudi 6 août, le résultat d’une enquête menée par le sociologue tunisien Hassen Kassar en collaboration avec l’Institut Français des Etudes Démographiques à Paris. Une enquête qui a pris pour échantillon 150 filles de l’Université des Sciences Humaines et Sociales (9 Avril de Tunis). Selon cette étude, 71% des filles tunisiennes « voudraient partir dans un pays étranger, quelle que soit sa langue », et l’étude d’ajouter que 28,7% de ces filles « sont prêtes à interrompre leurs études si elles reçoivent des offres de mariage d’un immigré, un taux qui s’élève à 62,7% d’entre elles, si le partenaire leur permettait de poursuivre leurs études après l’union ».

Selon Hassen Kassar, le nombre des femmes tunisiennes en Italie a progressé durant les cinq dernières années de 21,62 %. Selon lui, le nombre de filles ayant émigré à travers les programmes de coopération technique est passé de 118 filles en 2000, à 597 en 2008. L’étude a par ailleurs souligné que 68% des filles interrogées ont affirmé qu’elles « sont prêtes à travailler dans n’importe quel pays, une fois le diplôme en poche et que 28% d’entre elles sont prêtes à résilier tout engagement avec leurs partenaires, si une opportunité de travail à l’étranger leur est offerte».

Bien que le sociologue ait imputé ces chiffres aux « changements de mentalité des filles et des femmes tunisiennes », les conclusions sont alarmantes. 1500 femmes tunisiennes sont aujourd’hui des chefs d’entreprises, et sont membres d’une chambre nationale présente dans seulement 12 régions du pays. La participation de la femme dans la vie économique et sociale est de plus en plus importante au point qu’elle représente un phénomène courant et ordinaire, mais cette participation est-elle devenue, à la lumière de ladite étude, moins attirante et ne suffit plus aux ambitions des femmes tunisiennes ?